La peste


La peste est une zoonose (maladie transmise par les animaux). L'agent responsable de la peste est un petit bacille, de 1 à 3 microns de long, non mobile, qui possède la particularité de résister au froid; il porte le nom de Pasteurella pestis ou bacille de Yersin.

 La peste est une maladie des rongeurs, principalement véhiculée par le rat, et transmise à l'homme par piqûres de puces de rongeurs infectés. Dans le cas de la peste bubonique, la transmission inter humaine peut avoir lieu par l'intermédiaire de la puce de l'homme.

C'est le pasteurien Alexandre Yersin qui découvrit en 1894 le bacille responsable de la maladie, Yersinia pestis, bactérie d'une extrême virulence

Chez l'homme, la peste est une maladie très grave avec un taux de létalité atteignant 30 à 60 % en l'absence de traitement.

   Epidémiologie

La peste est une maladie des rongeurs sauvages vivant en terriers (marmotte, écureuil terrestre), chez qui elle existe à l'état endémique.

Quand, pour diverses raisons, le nombre de ces animaux diminue, les rats, qui préfèrent en général vivre près des habitations humaines, envahissent leur territoire et contractent la maladie qui est mortelle chez eux dans une grande proportion de cas.

La contamination de rat à rat se fait par l'intermédiaire de leurs puces et c'est à l'occasion de la mort d'un rat atteint de la peste près d'une habitation humaine que la puce du rat s'attaque à l'homme.

La contagion d'homme à homme se fait par l'entremise de la puce de l'homme et, comme les parasites quittent les cadavres, les personnes qui soignent les mourants, enterrent ou veillent les morts, sont particulièrement en danger.

A partir d'un premier foyer, la contagion, surtout lorsque ne règne pas une bonne hygiène, s'étend de proche en proche, facilement aggravée par les mouvements de populations fuyant l'épidémie et emmenant avec elles des sujets déjà contaminés. Le bacille étant résistant au froid, les cadavres non enterrés (le cas était fréquent) restent contagieux. Lorsque l'épidémie atteint la mer, il suffit d'un rat contaminé montant à bord d'un navire pour emmener la maladie vers une nouvelle destination.

Près de 40 000 cas humains de peste ont été déclarés à l'OMS par 23 pays au cours des quinze dernières années. L'Afrique est le continent le plus touché, suivi par l'Asie.

Une des caractéristiques des épidémies de peste est leur capacité à "s'éteindre" pendant plusieurs années avant de réapparaître brutalement sous forme épidémique. Très récemment (Juin 2003), la peste est réapparue en Algérie, dans la région d'Oran, après une période de silence inter-épidémique de 50 ans

   Les signes de la maladie


A La peste bubonique 

C’est la forme la plus courante et elle résulte de la piqûre d'une puce infectée. Le bacille pénètre alors dans l'organisme et gagne, à partir du site de la piqûre, le ganglion le plus proche par le biais du système lymphatique. Yersinia pestis y déclenche une inflammation due à sa multiplication rapide à ce niveau. On appelle "bubon" le ganglion tuméfié. Celui-ci est très douloureux et peut se mettre à suppurer par une plaie ouverte à un stade plus avancé de l'infection.

♦      Le sujet infecté commence en général par présenter un "syndrome grippal" après une incubation de 3 à 7 jours.

♦      Une fièvre élevée, oscillante, des frissons,

♦      Des céphalées, des douleurs dans tout le corps,

♦      Une faiblesse généralisée,

♦      Souvent accompagnée de délire et d'hallucinations,

♦      Des troubles digestifs intenses (des nausées et des vomissements).

♦      Son signe caractéristique est la présence d'un "bubon," ganglion enflammé de très gros volume, siégeant à l'aine ou au creux de l'aisselle selon le point d'inoculation de la maladie, par piqûre de puce. Quelque fois, le bubon s'ouvre et le malade peut guérir, mais la plupart du temps il meurt en quelques jours d'infection généralisée (septicémie).

B.  La peste pulmonaire :

C’est la forme la plus virulente de la maladie mais aussi la moins fréquente. La contagion inter humaine se produit par l'intermédiaire des expectorations infectées. Elle survient classiquement à la suite de la propagation secondaire d'une forme bubonique parvenue à un stade avancé. La peste pulmonaire primaire est causée par l'inhalation d'un aérosol de gouttelettes infectieuses et elle se transmet d'une personne à l'autre sans l'intervention de puces ou d'autres animaux. En l'absence de traitement, le taux de létalité est très élevé.

C.  La peste septicémique :

Survient lorsque l'infection se propage directement dans la circulation sanguine, sans apparition d'un "bubon". Mais le plus fréquemment, à un stade avancé de la peste bubonique, le bacille finit par se retrouver dans le sang. La peste septicémique peut résulter de piqûres de puces ou du contact direct d'une peau lésée avec des matières infectieuses.

Traitement

Il est essentiel de poser le diagnostic et de traiter rapidement pour éviter les complications et réduire la mortalité. Le traitement, antibiothérapie et traitement symptomatique, est très efficace et permet de guérir pratiquement tous les sujets atteints si le diagnostic est posé à temps.

Dès qu'un cas de peste est reconnu, un dispositif de sécurité se met immédiatement en place : isolement et traitement du ou des malades, vaccination massive de la population, désinsectisation et dératisation intensives, surveillance de tous les moyens de transport.

La streptomycine, le chloramphenicol et les tétracyclines sont les antibiotiques de référence pour le traitement de la peste. Ce sont des antibiotiques parfaitement efficaces s'ils sont administrés à temps. Bien que le recul soit encore insuffisant, les fluoroquinolones semblent représenter une alternative tout à fait adaptée et efficace aux traitements précédents.

    Les mesures prophylactiques

La chimioprophylaxie au moyen de tétracyclines ou de sulfamides, administrée précocement, est en général d'une très bonne efficacité pour l'entourage immédiat des sujets atteints de peste pulmonaire.

A.  Prévention

Les mesures de prévention ont pour objectif de donner aux populations des informations sur les zones où la peste est active chez l'animal, ainsi que sur les précautions à prendre contre les piqûres de puces et la manipulation de carcasses animales lorsqu'on se trouve en zone d'endémie. Il faut éviter tout contact direct avec des tissus infectieux et toute exposition à des patients atteints de peste pulmonaire.

B.  Reconnaissance des cas, interventions médicales et enquêtes sur le terrain

•       Identifier l'origine la plus probable de l'infection dans la zone où les cas humains ont été exposés, en recherchant typiquement des sites groupés où l'on observe de nombreux petits animaux morts. Prendre les mesures adaptées d'assainissement et de lutte pour faire disparaître la source d'exposition.

•       Veiller à diffuser auprès des personnels de santé les informations concernant les zones actives de transmission de la peste, le tableau clinique de la maladie et la définition du cas.

•       Vérifier que les patients reçoivent bien l'antibiothérapie qui convient et que l'approvisionnement local en antibiotiques est suffisant pour traiter de nouveaux cas.

•       Isoler les patients présentant une peste pulmonaire.

•       Prélever des échantillons pour demander confirmation à un laboratoire.

C.  Analyses de laboratoire

Elles sont requises pour diagnostiquer et confirmer la peste. L'idéal est d'identifier obtenu en culture à partir d'un échantillon prélevé sur un patient. En fonction du tableau clinique et donc de la forme de la maladie, la ponction d'un bubon, le sang ou les expectorations sont les échantillons qui conviennent le mieux à des tests rapides et à la mise en culture. On pourra analyser le sérum prélevé aux stades précoces et tardifs de l'infection aux fins de la confirmation. L'usage de bandelettes réactives a été validé sur le terrain pour déceler rapidement les antigènes de

chez les patients. Il convient néanmoins de prélever des échantillons et de les envoyer à un laboratoire pour des analyses complémentaires.

D.  Vaccination

Des vaccins contre la peste ont, pendant un temps, été très utilisés mais leur efficacité en prévention n'a pas été prouvée. Ils ne sont donc pas recommandés pour la protection immédiate en situation de flambée épidémique. On ne préconise la vaccination que pour les groupes exposés à un risque élevé, comme le personnel de laboratoire confronté à un risque constant de contamination.

E.  Surveillance et lutte

•       Mener des travaux de recherche pour déterminer les espèces animales (puces comprises) participant au cycle enzootique de la peste dans la région concernée et mettre sur pied un programme de gestion de l'environnement susceptible de limiter la propagation.

•       La surveillance sur le long terme des foyers de zoonose et la rapidité de la riposte pour diminuer l'exposition pendant les épizooties épisodiques ont permis de faire baisser avec succès l'incidence de la peste chez l'homme.

F.   Activités d’hygiène du milieu :

Celles-ci visent essentiellement à:

•       L’identification des zones d’intervention prioritaires et l’élimination des points noirs (dépotoirs).

•       Le renforcement de la collecte des ordures de manière régulière.

•       L’organisation d’une campagne de dératisation et de désinsectisation au niveau de la préfecture.

•       L’organisation d’une large campagne de lutte contre les rats des champs par le service de la protection des végétaux.

•       L’enfouissement des ordures de la décharge.

G. Activités d’information et de sensibilisation :

Consistent à :

•       L’information et la sensibilisation des partenaires.

•       Renforcer la sensibilisation de la population sur la prévention de la peste et l’hygiène.

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